A propos des pères migrants

L’occasion de parler de paternité m’est donnée par la fête des pères ayant lieu aujourd’hui au Tessin, à l’occasion de San Giuseppe. Récemment  j’ai assisté à la conférence  “La paternité à l’épreuve de la migration” donnée par Jean-Luc Tournier et organisée par Appartenances en collaboration avec CHUV de Lausanne.

Tournier nous encourage à réfléchir aux façons d’accompagner ces pères, souvent issus des sociétés traditionnelles et se retrouvant totalement privés de leur dignité dans la société d’accueil occidentale, où ils perdent leur rôle de “chef de famille”, qui est repris plutôt par leur femmes…

Dans la société traditionnelle le père a un rôle social important. Il est le chef de famille, le nourricier et souvent aussi l’interface avec la société. Ce rôle est porté et renforcé par tous les membres de la famille et aussi par la communauté. Le rôle du père dans la société occidentale actuelle, ainsi que les attentes des membres de la famille vis-à-vis du géniteur sont très différents et valorisent plutôt l’égalité de l’engagement des deux parents envers la progéniture ainsi que l’expression des sentiments.

La migration, considérée par Tournier pas seulement comme une passage d’une frontière mais aussi comme un déplacement d’un milieu social à un autre à l’intérieur d’un même pays ( par exemple le passage de la ville à la campagne ou l’inverse), déplace les pères d’une société à une autre et les oblige à se soumettre à un processus d’adaptation qui est similaire au processus de deuil.

 En utilisant la méthaphore “le roi est tout nu”, Tournier décrit ces pères qui, ayant perdu leur rôle social de chefs de famille, sont envahis par la honte et l’impuissance, ce qui les amène à perdre leur dignité.

Les épouses, quant à elles,  s’en sortiraient en général beaucoup plus souvent gagnantes de la migration, aidées entre autre par leur facilité à s’exprimer et aussi par leur position “au devant de la scène” dont elles bénéficient dans la société d’accueil occidentale.   

Dans l’accompagnement des familles migrantes dans le milieu médical ou éducatifs, il convient donc de tenir compte de cette vulnérabilité particulière des pères et de mettre en place des interventions spécifiques et adaptées à leur besoins.

Lors d’un entretien il s’agira par exemple, plutôt que de leur demander d’exprimer leur sentiments, de leur donner notre vision de la situation et les laisser rebondir à cette lecture. Aussi, dans le choix d’accompagnement, il vaut mieux favoriser l’action, par exemple en petits groupes d’hommes,  plutôt que le dialogue. Et dernièrement, afin de favoriser un soutien par une personne de confiance, il faudrait aussi sans hésitation passer le relais à des “personnes de référence”, par exemple un Imam,  un collègue plus âgé, un “grand frère”.

Cette conférence était dédiée à Isabel Eirìz, responsable de la formation à Appartenances, décédée subitement le 3 mars 2014. Une pensée spéciale pour cette femme si vivante et enthousiaste, qui a contribué à me passionner de migration!

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